Soutenance de thèse

C. G. Jung en France au XXe siècle. Histoire d’une réception Florent Serina

Faculté des lettres de l’Université de Lausanne - Institut Universitaire d’Histoire de la Médecine et de la Santé Publique.

Après de longues années de labeur, Florent Serina a soutenu sa thèse à l’Université de Lausanne, le 27 juin dernier, pour l’obtention du titre de docteur ès-lettres. Dans sa présentation, il a évoqué le contexte passionnel - entre rejet et intérêt - qui a entouré sa recherche.
Recherche indésirable, parce que Jung reste sujet à polémiques en France, où il est difficile de se départir d’un freudo ou d’un lacano centrisme et où l’intérêt de Jung pour le religieux continue de heurter les sensibilités dans le pays de la laïcité. Mais réticences aussi du côté des religieux, avec l’opposition de Michel de Certeau et de ceux des tenants du structuralisme, comme Claude Levy-Strauss.
Difficultés éditoriales dans un pays où Yves Le Lay continue d’être ignoré, où Gallimard n’a pas répondu aux demandes de Florent Serina alors que ce dernier sait qu’Albert Camus a été impliqué dans le parcours éditorial de Jung entre les deux guerres. Difficultés aussi d’avoir accès aux sources de certains héritiers, comme ceux de Jacques Lacan, ce qui dépasse largement le problème de Jung.
Mais finalement, recherche désirable, parce que les noms de Théodore Flournoy, Pierre Janet, Alfred Binet, René Laforgue, Jacques Lacan, Françoise Dolto, Henri Hey,Henri Bergson, Gilles Deleuze, Blaise Cendrars, Georges Simenon ou encore Jean Cocteau y sont associés, ce qui rend bien compte de l’ampleur de la pensée jungienne et de l’intérêt qu’elle a pu susciter dans différents milieux aussi bien philosophique, psychologique, médical ou artistique. Ampleur largement confirmée par la collaboration de Jung avec Wolgang Pauli et l’intérêt qu’il suscite aujourd’hui chez un scientifique comme Hubert Reeves.
Florent a expliqué qu’il avait choisi de ne pas s’adosser à une théorie et de garder une position critique. Pas question d’apologie donc mais un travail de 800 pages, en 3 grandes parties et 26 chapitres, dont les membres du jury ont relevé la rigueur méthodologique, la qualité des sources et l’ampleur de la réflexion. Avec une somme considérable de documents, provenant souvent de sources privées, le chercheur a approfondi les questions délicates de la traduction de l’œuvre de Jung, de sa réception et de son appropriation dans le contexte culturel français.
Comme le dira Vincent Barras – son directeur de thèse - après les remarques et questions des membres du jury, tous très élogieux, la thèse de Florent retrace l’histoire intellectuelle de la France et la position très particulière qu’y tient Jung, à la croisée de nombreux chemins, suscitant encore et toujours passions et critiques. Dans ce contexte, il n’était pas facile pour le doctorant de conserver une position distanciée mais il y est parvenu avec brio, en privilégiant une démarche empirique.
Nous qui connaissons Florent depuis plusieurs années et qui avons régulièrement assisté à ses présentations à la SFPA - toujours passionnantes - l’avons observé s’entretenir avec chacun des membres du jury : Nathalie Richard, Sonu Shamdasani, Hans-Georg von Arburg et Rémy Amouroux en se montrant réceptif tout en soutenant fermement ses positions, maîtrisant parfaitement son sujet tout en conservant un point de vue critique sur son propre travail. Nous avons hâte de l’entendre nous présenter l’aventure de sa thèse rue Ganneron.
Près de 3 heures se sont écoulées entre le début de sa présentation et les chaleureuses félicitations du jury, qui lui ont décerné l’imprimatur dans une université où les doctorats ne sont plus assortis de mention. Ce succès, bien mérité, est l’aboutissement d’un long chemin et la SFPA peut être fière d’y être modestement associée.
Le buffet qui a suivi a largement démenti la réserve suisse. Membres du jury, professeurs de l’Université de Lausanne et participants ont joyeusement échangé et de nombreux contacts se sont noués dans une belle soirée d’été.
Encore toutes nos félicitations à Florent !
Reine-Marie Halbout