Petit Journal n°15

Editorial

Un colloque qui a réuni 250 participants fin novembre (voir ci-dessous), une projection cinématographique en présence du metteur en scène suivie d’un débat passionnant avec le public en janvier, deux rencontres au Ministère avec une vingtaine d’autres associations officielles de psychiatres, psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes, en janvier et février, une Journée d’Études Jungiennes réservée à des praticiens de la relation en mars, sans oublier un site Internet tout neuf aux nouvelles couleurs de la SFPA, même s’il n’est pas encore tout à fait terminé (commentaires et suggestions bienvenus)…
Voilà. La SFPA nouvelle est arrivée !
Espérons qu’elle corresponde aux vœux de la plupart d’entre nous et souhaitons-lui de continuer longtemps dans un esprit d’ouverture, sur la voie de son «individuation» en quelque sorte.

Viviane Thibaudier


Colloque RE-GARDER LA FOLIE, Art, folie et Création

Il n’y a pas de folie dans l’image du fou
Nise Da Silveira

Tout est venu du Brésil, de l’exposition Les images de l’inconscient à La Halle Saint-Pierre qui présentait les œuvres de quelques patients schizophrènes dont Nise Da Silveira prenait soin.
Au cœur de la folie, comment comprendre le sentiment d’unité qui se dégageait de l’ensemble des productions de chacun ?
« La folie est au premier !» me suis-je écriée lorsque j’ai poursuivi ma visite au premier étage pour y découvrir un artiste contemporain.
«Art folie et création» sous-titrait l’intitulé du bienvenu colloque organisé par la SFPA « Re-garder la folie ».
Analystes jungiens, lacaniens, écrivains, critiques d’art, art-thérapeutes, philosophes, artistes, c’est dans cette ouverture que chacun, de sa position, a transmis son approche, sa lecture.
Un régal ! Un regalo. Le cadeau.
En 1952 lorsque Jung découvre les peintures des schizophrènes brésiliens, il commente : « Dans quelle ambiance peignent-ils ? Je suppose qu’ils travaillent entourés de sympathie et de personnes qui n’ont pas peur de l’inconscient ».
L’accueil confiant des regards multiples que la SFPA a osé et offert… sur le chemin de sa création est à l’origine de la tranquille richesse des travaux présentés lors de ce colloque.

Christine Dallot


Ce colloque était une invitation au monde de la création, de ses liens avec la folie et l’imaginaire, avec la présence d’orateurs d’horizons divers. Les points de vue se sont succédé autour de la notion «d’art brut» et de création artistique, le tout orchestré par nombre de psychanalystes jungiens, ponctués par des interventions d’historiens de l’art, musicologues, philosophes et agrémenté de fragments d’Antonin Artaud et Unica Zürn lus par Sapho. Cet événement a été l’occasion de montrer la pertinence des concepts jungiens, de faire connaître les travaux de la SFPA et de présenter une image différente de notre société à un large public.
Révoltée par les méthodes de la psychiatrie disciplinaire, Nise da Silveira fonde en 1946, «la section de thérapie occupationnelle», au sein du Centre Psychiatrique Pedro II de Rio de Janeiro. Elle l’envisage alors comme une tentative radicalement différente d’appréhender le monde de la schizophrénie. En effet, l’efficacité thérapeutique repose désormais sur la création d’images soutenue par des relations affectives. Selon elle, les dessins réalisés dans ces ateliers témoignent de mouvements naturels de la psyché, de forces auto soignantes dont le but, entre autres, est d’organiser la vie psychique.

Nathalie Elmalih


Nouvelles brèves

• Francesca Piolot a consacré son émission La vie comme elle va du jeudi 9 mars au symbole et au rêve chez Carl Gustav Jung avec la participation d’Aimé Agnel. L’enregistrement de cette émission sur CD est à notre disposition à la bibliothèque.

• Le nouveau site de la SFPA est ouvert :
voir le site

• La rencontre avec nos collègues anglais et belges aura lieu du 19 au 21 mai à Bruges, avec comme thème : Travailler avec le matériel sexuel dans la séance analytique. Vous pouvez encore vous inscrire, jusqu’au 15 avril. Contacter Leslie de Galbert pour plus d’info

• Vient de paraître : The Handbook of Jungian Psychology, édité par Renos Papadopoulos et publié par Routledge à Londres et à New York. Christian Gaillard y a écrit un important double chapitre intitulé The Arts.


Ouvertures

Pour ceux qui aiment les voyages et sont intéressés par les rencontres internationales avec nos collègues de l’IAAP d’autres cultures :

Self/No self: continuing the dialogue between Bouddhism and psychotherapy

 Kyoto (Japon) du 16 au 19 mai 2006

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Psyche and Imagination
A Multidisciplinary Academic Conference of
Jungian and Post-Jungian Studies

 Londres : du 6 au 9 juillet 2006

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Psychopathology – Psychotherapy – Neuroscience

 IV Latin American Congress for Jungian Psychology

 Punta del Este (Uruguay) du 2 au 7 Septembre 2006

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Ethics and Wisdom, East and West

 The Third International Conference of Analytical Psychology & Chinese Culture

 Guangzhou (Canton), Chine du 22 au 24 septembre 2006

 en savoir plus

Votre contribution est attendue et sera la bienvenue à chacun de ces congrès.


Psychanalyse et religion

Le samedi 7 janvier au Centre d’études du Saulchoir, à Paris, s’est tenu une conférence dont le thème était Foi et psychanalyse : C. G. Jung et le phénomène religieux. Une matinée est réservée, chaque année, dans le cadre du cycle de théologie contemporaine, à la confrontation entre psychanalyse et religion.
La participation d’analystes jungiens à ces rencontres, où le point de vue freudien a été largement développé, a suscité une demande d’explicitation de la position de Jung quant au «divin dans l’homme».
Aimé Agnel a répondu à la proposition ; il a abordé la question à partir de la confrontation de C. G. Jung avec le théologien Martin Buber en 1952. Jung souligne que dans la position empirique où il se situe, «Dieu est un sujet» auquel il est confronté, (et non un objet, comme le lui reproche Buber).
La table ronde qui suivit était animée par Jean-François Noël et Anne Lannegrace, psychanalystes freudiens. De très nombreuses et pertinentes questions de l’auditoire permirent des échanges sérieux ; il apparaissait une fois encore que le dialogue psychanalystes-théologiens était une tâche rude mais toujours fertile et d’actualité.
Le texte de l’exposé d’Aimé Agnel sera publié dans les Cahiers du Centre d’Etudes du Saulchoir (Cerf).


Séminaire Franco-Italien : Le corps en séance et la symbolisation

Du 29 octobre au 1er novembre 2005 nous recevions à Paris les collègues italiens de l’AIPA. Le thème du séminaire était Le corps en séance et la symbolisation, tout comme pour la précédente rencontre qui nous avait réunis à Venise.
Une fois encore ce sujet a suscité des interventions de grande qualité et des débats passionnants et passionnés. Les réjouissances culturelles et gastronomiques ne l’ont pas moins été. Le prochain rendez-vous est fixé pour les 28, 29 et 30 octobre 2006, à Naples, le thème reste inchangé.
En effet, la question du sens des ressentis corporels de l’analyste en séance reste centrale, essentielle et obscure. Tout particulièrement, elle nous interroge sur le mode de relation en jeu entre le patient et l’analyste.
Des réunions de préparation vont avoir lieu d’ici là pour les deux sous-groupes. Pour le sous-groupe français, la première réunion a eu lieu le 18 janvier, la deuxième est prévue pour le 8 avril, de 10h30 à 12h30, rue Ganneron.

Giovanna Galdo 


« Les sept sermons aux morts » de Jung, un livre des morts moderne.

C’est en travaillant une conférence au «Temps du corps» dont le projet initial était d’aider à la lecture des Sept sermons aux morts, à l’appui de la thèse de Christine Maillard (Les sept sermons aux morts, du Plérôme à l’Etoile), que j’ai découvert les points communs entre l’expérience de Jung et la tradition chamanique.
Pour saisir les ressemblances, il faut se souvenir que le chaman est «(…) l’homme poreux (…) dans un état de lâcher prise qui n’a rien à voir avec le laisser aller. C’est un redoutable état d’attention, d’écoute et de silence»1. Il garde son identité et la défend. Il n’incorpore que ce qu’il veut, et peut ainsi rendre compte de ses voyages.
Ainsi, pour le chaman, c’est une dangereuse traversée avant l’initiation, et pour Jung, une crise profonde de «perte d’âme» avant les sermons. Pour le premier, un voyage du monde visible au monde invisible, et pour le second un passage de l’univers des vivants au «pays des morts et des ancêtres», avec les mêmes capacités de lâcher prise et de contrôle pour l’un comme pour l’autre, leur permettant de rendre compte du voyage. Pour le premier, c’est l’importance du corps énergétique et du corps astral dans la transe, et pour le second, la force vitale « démoniaque » et la puissance visionnaire dans sa confrontation à l’inconscient. Pour l’un, c’est la relation étroite entre les mondes d’en haut, du milieu et d’en bas, à l’écoute des signes, et pour l’autre, la correspondance entre les mondes céleste, humain et chtonien, entre macrocosme et microcosme. C’est le pouvoir d’entrer dans le monde des morts et de ramener les âmes perdues pour l’un, et le pouvoir de communiquer avec les morts, de les aider à ne plus errer et à trouver la lumière de l’Étoile pour l’autre.
Mais tout ceci en restant soi-même. « Sans volonté, il n’y a rien. C’est le pouvoir des pouvoirs humains »2.

Christiane Fonseca   

  1. ABC du chamanisme , Maja Cardot et Isabelle Clerc, Ed. Grancher, p.46
  2. Ibid

De fil en aiguille

Dernier point de «cet ouvrage de psy», instauré en 2000.
Tant à Paris qu’à Grenoble, deux groupes cliniques, que j’animais, ont travaillé dix fois par an sur le thème du «corps et de l’ombre».
Une fois par an, ces deux groupes se sont réunis pour un week-end de septembre : quatre fois dans les Alpes et la Savoie, une fois dans l’Yonne. Ce fut un essai, un pari : un pari(s) pour Grenoble, un Paris qui cherche «sa/voie». Pour la dernière fois, le 17 et le 18 septembre 2005, nous étions une douzaine au pied du mont Aiguille. Désormais habitués à travailler ensemble, nous avons alterné 3 exposés et débats pour Grenoble, 3 exposés et débats pour Paris.
Dans ce gîte rustique et pittoresque du Vercors, l’esprit a soufflé, et nous avons soufflé notre cinquième bougie.
Travail et humour furent notre moteur à 2 temps.
Adieu… Au revoir ? Mais avant tout, pas l’ombre d’un souvenir figé.

Henri Duplaix  


Observatoire des medias

L’objectif de l’observatoire des media est de se tenir au courant de la façon dont on parle de Jung dans la presse, afin d’utiliser un droit de réponse le cas échéant. Durant l’année écoulée, notre équipe a recensé les articles qui de près ou de loin mentionnaient le nom de Jung. Bien que Jung ait été cité quarante-sept fois, nous n’avons noté qu’un article de fond dans le Figaro Littéraire pour le livre de Jung : Rêve d’enfants, et deux moitiés de colonnes dans le Nouvel Observateur sur : «Jung et le sacré». Quelques personnes font référence à Jung ou à ses concepts pour étayer leurs propos, ainsi Michel Maffesoli, professeur de sociologie à la Sorbonne, cite Jung comme une des références majeures de sa pensée.
Les autres articles sont consacrés à Freud, et Jung y apparaît en contre-jour. Cependant deux articles lui reconnaissent la paternité de la psycho-généalogie. Le film l’Âme en jeu a été pour beaucoup dans le nombre de références à Jung dans les quotidiens. Dans les journaux spécialisés on trouve un article sur Maria (Carnets Psy), un article de Brigitte Allain-Dupré : Le double jungien (Imaginaire et Inconscient)
Une  colonne sur :  Jung  optimiste/Freud pessimiste (Psychologie) !!!
Rien dans les revues de psychiatrie.

Flore Delapalme   


Vous avez dit crise ?

Il y a 13 254 psychiatres en France, soit 22 pour 100 000 habitants, presque autant qu’en Suisse ! Pourtant Londres a autant de professeurs des universités que la France toute entière. Pourtant il y a 800 postes de praticiens hospitaliers vacants et on envisage un transfert de compétences des médecins vers les infirmiers. Mais il y a 5 000 postes d’infirmiers vacants en psychiatrie. Enfin, on prévoit une diminution de 12{ce6ac6a4c4e22fc3c2b8f6ccc8e8d4159d3b644786a71417670e79cf02592fa8} des psychiatres d’ici à 2010 et 40{ce6ac6a4c4e22fc3c2b8f6ccc8e8d4159d3b644786a71417670e79cf02592fa8} en 2020. Que faire ?…
On a bien complété le DES par un DESC voire un DEA, le tout à intégrer dans la réforme LMD en y associant les UFR et en organisant éventuellement un DIU. Mais…
Quant à la VAP, il faut dire que son succès se fait attendre. En effet, il faut savoir qu’elle est une déclinaison de la T2A qui elle-même est une évolution du PMSI. Mais comme celui-ci a été utilisé en MCO, c’est l’embarras…
Alors, que faire, que faire ?…

Nicole Mordelet   


Misafa lesafa (D’une langue à l’autre) un film de Nurith Aviv (2004)

Véritable œuvre d’art que ce film de Nurith Aviv. La réalisatrice a créé une mosaïque de personnages — poètes, chanteurs, écrivains — pour présenter une lumineuse réflexion sur le rapport intime à la langue maternelle et/ou langue d’adoption. Israël est un pays d’immigration et les neuf personnes que nous rencontrons ici évoquent leur passage de leur(s) langue(s) d’origine à l’hébreu, leur passage d’une langue à l’autre. Comme tout exilé, ils ont vécu la rupture, la dépossession d’un pays, d’une histoire, d’une langue, d’un corps, et ont eu à reconstruire un lien, avec soi, avec le monde. Nous comprenons que le rapport à la langue — maternelle et d’adoption — est aussi singulier que le sujet lui-même : pour l’un, un poète, il lui fallait absolument «assassiner» le russe et écrire en hébreu (pour découvrir des décennies plus tard dans ses poèmes écrits en hébreu, qu’il y entendait la musique de son russe natal) ; pour une autre, elle exigeait de chanter dans sa langue maternelle, l’arabe. Les thèmes de frontière, de limite, d’intérieur/extérieur sont présents tout au long : nous rencontrons chacun des personnages devant la porte d’entrée de sa maison, et il nous parle ensuite à partir de son intérieur. Dans la dernière image du film, nous regardons par une fenêtre qui s’ouvre sur le monde, une prise de vue qui nous donne à penser que la question reste ouverte : que reste-t-il de la langue maternelle quand on l’a oubliée, ou même, peut-on l’oublier ?

Leslie de Galbert

Le 14 janvier dernier, la SFPA nous a permis d’assister au cinéma Les trois Luxembourg à la projection du film documentaire de Nurith Aviv, D’une langue à l’autre. Les films de Nurith Aviv ont souvent un rapport avec l’exil : sens du rituel (Circoncision), terre des origines (Perte), langue de l’enfance (D’une langue à l’autre). Neuf personnes parlent de la confrontation entre la langue de leur enfance et la langue vernaculaire d’Israël. Le film demande plusieurs niveaux de regard et d’écoute : plans intérieurs, extérieurs et entre-deux, émotions des voix s’exprimant dans une langue modulée par des accents, expressions des visages, histoires individuelles et collectives. Comme l’a dit Aimé Agnel, lors du débat qui a suivi, c’est un film à revoir  —  comme toute œuvre véritable. Qu’est-ce donc que cette langue maternelle aimée ou pas, quittée volontairement ou pas, associée à la mère, à la patrie ou au bourreau ? Qu’est-ce donc que cette autre langue, rude ou tendre, pour laquelle il a parfois fallu assassiner la langue de l’enfance, et que l’on craint d’avoir oubliée au réveil ? Le spectateur multilingue pourra reconnaître cet écart créé par l’entre-deux langues. Le spectateur monolingue pourra s’interroger sur l’écart qui peut exister au sein de sa langue, entre ce qui est de l’ordre de la langue maternelle, et ce qui est de l’ordre de la langue de la culture. Dans un prochain film, Nurith Aviv espère aborder le rapport entre l’hébreu, langue des textes sacrés, et l’hébreu profane, devenu au fil des générations une langue maternelle.

Laurent Meyer   

Paul Roazen, l’historien de la psychanalyse, est mort

Son œuvre majeure, La saga freudienne, publiée aux PUF en 1986 retrace avec précision les dessous transférentiels de la fondation de l’édifice freudien. Pour nous jungiens, il est intéressant de voir la juste place donnée à Jung, comme à d’autres qui ne sont pas entrés dans le sérail. N’oublions pas qu’il fut le premier de nos invités à venir parler à la SFPA, un lundi soir, pour présenter son livre sur Hélène Deutsch.


Jung au lycée de Grasse

Ma petite-fille, étonnée que dans son cours de philo sur la psychanalyse il ne soit fait aucune mention de Jung, dont elle voit mes étagères bien garnies, a persuadé son professeur de m’inviter et me voilà, ayant traversé la France pour porter la bonne parole, très impressionnée par mon jeune public. L’enjeu est important : Marion ne veut pas perdre la face devant les autres ! Je pars du (très) peu qu’ils savent, pour essayer de montrer qu’il peut y avoir d’autres éclairages sur le psychisme, j’aborde un peu les rêves avec des exemples simples, mais surtout je prends du temps pour les faire parler et répondre à leurs questions. Ce qui les intéresse ? Comment on tombe amoureux, et pourquoi après ça s’arrête !…
À la fin Marion vient me rassurer : ses copains lui ont dit «Ta grand-mère, elle assure !» Ouf ! Pari gagné.

Suzanne Krakowiak 


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Patricia Métayer vous fait part de son installation à Nice, en parallèle avec son cabinet de Fréjus.
11, boulevard Joseph Garnier, 06000 NICE. Tél. : 04 94 83 26 29
Mars 2006
L’équipe du Petit Journal se réorganise. En attendant sa mise en place, vous pouvez envoyer vos articles
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