Volume 1

Études psychiatriques

01-001- Psychologie et la pathologie des phénomènes dits occultes : 1 - Introduction (1902)

In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 3-17), (§1-35) ) & Jung, L’ENERGETIQUE PSYCHIQUE, Georg, Genève 1973, (p.118-134).
Sur la psychologie et la pathologie des phénomènes dits occultes :1 Introduction. In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 3-17).

Discussions à propos de certains états d’infériorité psychopathologiques et d’états de conscience altérés -supposés jadis relever de phénomènes occultes- en vue d’une classification et pour résoudre des divergences antérieures entre les autorités scientifiques. Il s’agit de cas de narcolepsie, de léthargie, d’automatisme ambulatoire, d’amnésie périodique, de somnambulisme, de mythomanie, qui sont parfois attribués à l’épilepsie, l’hystérie ou la neurasthénie, parfois considérés comme des maladies en elles-mêmes. On pointe la difficulté extrême à définir ces états et un cas de somnambulisme est présenté pour illustrer le problème de la classification. Une femme célibataire de 4O ans, comptable dans une grande entreprise, a été particulièrement nerveuse pendant un certain temps et s’est mise en congé. Tandis qu’elle se promenait dans un cimetière, elle s’est mise à arracher les fleurs et rayer les tombes sans en garder de souvenir. En asile à Zurich, elle dit avoir vu des morts dans sa chambre et dans son lit et avoir entendu des voix qui venaient du cimetière. On conclut que la patiente souffrait d’une infériorité psychopathologique à tendance hystérique. Lors de son état de fatigue nerveuse, elle avait des périodes de stupeur épileptoïde. Suite à une absorption massive et inhabituelle d’alcool, ses attaques se sont transformées en somnambulisme avec hallucinations liées à des perceptions fortuites et extérieures comme cela se produit dans un rêve. Lorsqu’elle guérit de sa nervosité, les symptômes hystériques disparurent. D’autres cas de somnambulisme et les résultats d’autres recherches sont brièvement rapportés. (17 références).

01-002- Sur la psychologie et la pathologie des phénomènes dits occultes : 2 Un cas de somnambulisme chez une femme d’hérédité chargée (médium spirite)

Anamnèse. Etats somnambuliques. Rapports des séances. (1902) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970. 260 p. (p. 17-30), (§36-53), & Jung, LA VIE SYMBOLIQUE, Albin Michel Paris 1989, (p. 135-150 )

Compte-rendus détaillés d’un cas de somnambulisme chez une jeune fille de 15 ans, présentant des pouvoirs de médium spirite et dont la famille avait présenté des symptômes d’excentricité et des désordres de la personnalité. Les membres de la famille rapportent des hallucinations, un comportement excentrique et bizarre, des inconséquences de la personnalité, des états persistants de transes, divers comportements névrotiques et psychopathologiques. La propre attitude de la jeune fille était réservée bien qu’elle fut sujette à des variations d’humeur subites. D’intelligence moyenne son éducation avait été déficiente. Sa mère était une éducatrice tyrannique et inconséquente et son père était mort au début de l’adolescence du sujet. Lorsqu’elle s’amusa à des séances de table tournante, ses capacités de médium se révélèrent et progressèrent rapidement de façon spectaculaire : elle finit par communiquer avec des proches et des relations décédées et imitait des personnes qu’elles ne connaissait que par ouïe-dire. Peu à peu elle joignit le geste à la parole et réussit finalement à jouer de véritables scènes, exprimer toute une gamme d’émotions et parler couramment l’allemand littéraire alors qu’en état de veille elle ne connaissait que le dialecte de son village. Au début, les transes étaient spontanées et commençaient comme des attaques de somnambulisme qu’elle pouvait prévoir ; plus tard, elle les programmait volontairement. Au cours de son réveil progressif, un état extatique était en général suivi de catalepsie accompagnée de "flexibilitas cerea".Le sujet présentait, en même temps ou à tour de rôle, deux personnalités différentes qui se disputaient la prérogative. Des extraits significatifs de dialogues en cours de séances sont présentés où apparaissent des phénomènes psychiques et occultes variés (automatismes, voyances, prémonitions, pressentiments et description de visions). Certains de ces phénomènes se manifestent sous forme d’écriture automatique d’autres par les voix de diverses personnes appartenant pour la plupart à des parents décédés du sujet, plus particulièrement son grand-père. (Une référence).

01-003- Sur la psychologie et la pathologie des phénomènes dits occultes :2. Un cas de somnambulisme chez une jeune fille à l’hérédité déficiente (médium spirite). Développement de la personalité somnambuliques. Histoires imaginaires. Science mystique.

(1902) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 30-43), (§54-72), & Jung, L’ENERGETIQUE PSYCHIQUE, Georg, Genève 1973, (p.151-166).In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 30-43).

Discussion détaillée de phénomènes survenus lors d’épisodes de somnambulisme chez une jeune fille de 15 ans. Les noms d’inconnus ou parfois de notables connus décédés étaient rapportés à la demande des spirites qui assistaient aux séances du sujet. L’esprit en chef était le grand-père mais contrairement au caractère du vrai grand-père, il citait des maximes bibliques, faisait des observations édifiantes et chantait des vers sans doute de sa composition. Puis une autre personnalité, frivole et superficielle, s’exprima avec un accent différent, et lorsqu’elle commença à dominer la séance, le sérieux de la réunion ne put être maintenu et les séances furent suspendues un certain temps. Toutes ces personnalités entraient dans la mémoire du médium, y compris celle de son inconscient. Au cours de ces transes, le conscient du sujet faisait preuve d’une imagination extraordinairement riche. Elle oubliait quasi complètement les phénomènes automatiques survenus lors de ses transes, mais se souvenait parfaitement des phénomènes en relation avec le moi, comme par exemple la glossolalie. Après chaque transe, elle souffrait d’une amnésie qui, peu à peu, laissait place à des souvenirs fragmentaires. Lors de séances ultérieures, le sujet décrivit quelques unes de ses expériences dans le monde des esprits où elle portait un nom particulier, Ivenes. Comme telle, elle comprenait et parlait leur langage. Elle décrivait les demeures des étoiles, le système de canalisations de Mars et ses habitants. Ivenes qui, contrairement à d’autres personnalités, parlait comme quelqu’un d’adulte et de sérieux, contrôlait directement l’état semi-somnambulique du sujet. Elle racontait quelques unes de ses nombreuses incarnations au cours des siècles et ses aventures romanesques. Plus tard, le sujet dessina un système mystique complet du cosmos, transmis par les esprits. C’est alors que les séances intéressantes et significatives prirent fin. Après que Jung eut cessé d’assister aux séances, le sujet fut surprise en train de tricher. Elle cessa sa participation et prit un travail qui sembla lui réussir. Son caractère s’améliora, elle devint plus calme, plus régulière, plus agréable et ne présenta plus d’anomalies. (2 références).

01-004- Sur la psychologie et la pathologie des phénomènes dits occultes :3. Discussion du cas. L’état de veille. Semi-somnambulisme. Automatismes.

(1902) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970. 260 p. (p. 44-61), (§73-106), & Jung, L’ENERGETIQUE PSYCHIQUE, Georg, Genève 1973, (p. 167 -186). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 44-61).

Différents aspects de somnambulisme sont abordés à travers le cas d’une jeune fille de 15 ans. Elle était distraite, soumise à des variations d’humeur, d’intelligence moyenne mais d’esprit relativement borné. Bonne mémoire mais alliée à de l’inattention. Ses fréquentes erreurs de lecture trahissaient une distraction hystérique et elle présentait un état rêveur pathologique survenant spontanément et généralement considéré comme hystérique. Dans son cas, ses erreurs de lectures, psychologiquement typiques du mécanisme des rêves somnambuliques, étaient un symptôme précurseur de ce qui allait suivre. Pendant un certain temps, avant et après ses crises de somnambulisme elle était préoccupée. Dans ses états de semi-somnambulisme, elle était digne et sérieuse, ce qui contrastait avec sa personnalité ordinaire. Elle donnait l’impression de jouer avec un talent réel le rôle d’une femme mûre. Sa conversation comportait indifféremment des réponses à des questions objectives ou hallucinées. Des phénomènes de tables tournantes, d’écriture automatique et autres automatismes étaient observés. Le mouvement des tables apparaissait dans sa forme la plus évidente lors de l’état de veille qui se transformait en général en semi-somnambulisme annoncé par des hallucinations. L’écriture automatique &endash; autre phénomène survenant sous hypnose partielle &endash, répond à un stimulus adressé au conscient lorsqu’il est capable de réaction ou à l’inconscient lorsque la réaction fait défaut. Au cours de la 2ème séance, la coïncidence entre la perte de conscience et une brusque interruption du grand-père défunt a semblé causer une rapide aggravation de l’hypnose favorisant les hallucinations.. Une toute nouvelle personnalité apparut : le grand-père de Jung. Il s’agissait sans doute de la dissociation d’une personnalité déjà existante pour servir de support expressif le plus immédiatement disponible. (32 références) .

01-005- Sur la psychologie et la pathologie des phénomènes dits occultes :3. Discussion du cas. Changement de caractère. Nature des crises de somnambulisme. Origine des personnalités inconscientes

(1902) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 61-78), (§107-133), & Jung, L’ENERGETIQUE PSYCHIQUE, Georg, Genève 1973, (p.187 -206). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 61-78).

Discussion sur l’alternance de personnalités dans le somnambulisme à propos du cas d’une jeune fille. Les écrits à propos de différents cas rapportent que chaque étape est en général séparée de la première par une perte de mémoire avec rupture de l’état de conscience et modification du caractère. Or, pas de problème de mémoire dans le cas présent. La transition était graduelle avec persistance de l’état de conscience. Compte tenu de l’âge du sujet, on suppose un lien entre ses troubles et les modifications physiologiques du caractère lors de la puberté : hypothèse qui semble se confirmer en examinant sa seconde personnalité, Ivenes. Celle-ci prolongeait le moi du sujet et faisait partie intégrante de tout son conscient : le calme d’Ivenes, sa réserve et sa modestie, son intelligence et sa confiance en soi plus stables représentaient un progrès dans le caractère du sujet. Mais Ivenes donnait l’impression d’être artificielle et rappelait le prototype de la "Clairvoyance de Prevost" ; elle était celle que le sujet souhaitait être dans 20 ans : une dame sûre d’elle, influente, sage, aimable et pieuse. Ce cas se distinguait des autres cas de rêveurs pathologiques en ce qu’il n’était pas prouvé que ses rêveries faisaient l’objet de ses préoccupations diurnes. Ses "aventures sentimentales" prouvaient l’origine subjective de ses rêveries : c’était des histoires d’amour plus ou moins officielles avec naissances illégitimes et autres allusions sexuelles tendancieuses. Autre caractéristique de la puberté : la prétendue réincarnation du sujet qui aurait été une ancêtre féconde. L’origine majeure de ce tableau clinique tenait à une sexualité bourgeonnante, un rêve d’accomplissement sexuel. Lors de la 2ème séance, le sujet a eu un malaise dont elle est sortie avec le souvenir d’hallucinations, mais elle a prétendu qu’elle n’avait pas perdu connaissance. Etiologiquement, on devrait tenir compte de deux éléments : l’influence de l’hypnose et l’excitation psychique. Les absences hystériques se caractérisent par des troubles superficiels, pas assez profonds pour attaquer la solidité du noeud du complexe moi : il y a, toujours soigneusement protégé, un lien quelque part. Les diverses personnalités du sujet gravitaient autour de son grand-père et d’Ulrich von Gerbenstein. (44 références).

01-006- Sur la psychologie et la pathologie des phénomènes dits occultes :3. Discussion du cas. Causes du désordre. Activité en état de profonde inconscience. Conclusion

(1902) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 78-88), (§134-150), & Jung, L’ENERGETIQUE PSYCHIQUE, Georg, Genève 1973, (p. 206-218). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 78-88).

Présentation d’un cas de somnambulisme chez une jeune fille et discussion sur l’évolution exceptionnelle du trouble. Le cas, dans son ensemble, débuta et atteint son apogée en 4 à 8 semaines, puis s’estompa. Les caractéristiques des crises, bien différenciées au début, se confondirent. Les crises, moins aiguës, se raréfièrent de même que la divagation somnambulique. Suite à ces épisodes, le caractère du sujet devint plus aimable et plus stable rappelant d’autres cas où le second caractère du malade remplaçait le premier. Les symptômes de somnambulisme sont particulièrement banals à la puberté, d’autres cas bien connus sont cités. L’activité en état de profonde inconscience est considérée comme ces processus automatiques dont le bénéfice de l’activité est inutilisable par l’individu. Elle comprend la lecture via les tables tournantes ou la cryptomnésie (émergence d’un souvenir qui n’est pas reconnu comme tel par le conscient). Le souvenir cryptomnésique peut devenir conscient selon trois voies : a) sans le recours aux sens et comme une idée dont l’origine est cachée ; b) par l’intermédiaire des sens, comme dans les hallucinations ; c) par un mécanisme automatique. Dans ce cas, le système mystique inventé par le sujet peut être considéré comme une performance hautement inconsciente et transcendant son intelligence normale. (17 références).

01-007- Erreurs de lecture en hystérie

(1904) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 89-92), (§151-165). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 89-92).

En réponse à un récent article, réitération des théories admises sur les erreurs de lecture hystériques et confirmation par l’interprétation d’un cas clinique. Un patient faisait souvent des erreurs de ce type à l’école en substituant un mot du dialecte suisse au mot du texte. Etant donné qu’ils étaient synonymes, ce qui prouvait que le sens était compris, il n’y avait aucune raison pour qu’une personne normale ne reproduise correctement le mot et ce genre d’erreur était considéré comme révélateur d’hystérie. Le sujet lisait de façon automatique, ce qui minimisait l’implication d’un processus psychique. Dans le cas présent, comme dans tous les cas d’erreurs hystériques, le lien formel était rompu mais le sens était maintenu. Ce qui pourrait s’expliquer par une dissociation de la conscience : au complexe moi qui suit ses propres pensées, s’ajoute et fonctionne un autre complexe conscient. Le complexe moi du sujet est distrait de la lecture par d’autres pensées, mais l’acte- même de lire continue automatiquement et forme son propre petit complexe conscient qui, lui aussi, comprend correctement mais reproduit sous une autre forme. Le mal-lire hystérique est significatif en ce qu’il démontre la dissociation, propre à l’hystérie, entre les fonctions psychiques et le complexe moi ; il prouve également la tendance affirmée des contenus psychiques à l’autonomie.

01-008 La cryptomnésie

(1905) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 85-106), (§166-186). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 85-106).

Discussion théorique sur la cryptomnésie (mémoire occulte) et la mémoire directe et indirecte ; ces dernières présentent chacune la particularité d’être reconnue comme telle, étant donné qu’il est également possible de reconnaître comme souvenir une association. Les images "associées" ne sont pas reconnues. On utilise le terme "associé" parce que leur originalité réside uniquement dans l’association des éléments psychiques entre eux et non dans leur contenu. Cette association peut survenir sans l’intervention du conscient. Des exemples frappants en sont donnés par l’hystérie qui est la caricature de processus normaux. Chez les hystériques, un souvenir lié à un complexe affectivement chargé, mais non conscient présentement, fait agir à partir de l’inconscient comme s’il était conscient. L’inconscient peut percevoir et associer de façon autonome. Toute idée nouvelle ou tout ensemble d’idées sont déjà prémédités dans l’inconscient. Lorsque le conscient aborde l’inconscient avec un voeu, c’est que l’inconscient le lui a suggéré. La cryptomnésie, terme technique utilisé dans la littérature scientifique française, se définit comme un processus psychique dans lequel une énergie créatrice spontanée fait réapparaître, de façon définie et parfaitement claire, des souvenirs perdus. La réapparition d’impressions longtemps oubliées peut s’expliquer par la physiologie du cerveau qui n’oublie jamais une impression, aussi faible soit-elle. Sous certaines conditions, des traces anciennes peuvent réapparaître avec une fidélité photographique. Le travail du génie consiste à agencer ces traces en de nouvelles structures significatives. Comme l’illustre un passage du "Zarathoustra" de Nietzsche, beaucoup considèrent qu’une certaine anormalité est nécessaire au génie . (5 références).

01-009- A propos des désordres de l’humeur maniaque

(1903) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 109-134), (§187-225). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 109-134).

Dans un souci de définition et de classification, un certain nombre de comportements chroniques hypomaniaques sont décrits sous le vocable de "désordres de l’humeur maniaques". Elation occasionnelle, confiance en soi exagérée, fécondité mentale et conflits avec l’ordre établi ne suffisent pas pour garantir le diagnostic de manie chronique dont les symptômes majeurs sont l’instabilité émotionnelle, liée essentiellement à une humeur élationiste, fuite d’idées, distraction, hyper-activité, agitation et - conséquence de ces symptômes - suffisance exagérée, idées mégalomaniaques, alcoolisme et autres déficiences morales. Le terme de "manie chronique" semble trop fort car il s’agit là d’états hypomaniaques qui ne peuvent être considérés comme psychotiques. Les symptômes d’une manie relativement légère ne sont pas des manifestations partielles d’une manie chronique ; ils sont liés à d’autres symptômes psychiques pathologiques et sont rarement isolés. Par rapport à la volonté et à l’intellect, le rôle joué par celui-ci est tout à fait secondaire étant donné qu’il donne au thème caractériel existant l’apparence d’une suite logique d’idées et permet souvent au sujet d’élaborer après coup un fondement raisonnable à son acte. Le moteur premier de toute acte anormal devrait être recherché dans l’affect. L’excitation émotionnelle et la labilité sont fréquemment citées en premier dans les articles consacrés aux individus mentalement déficients. En conclusion, on considère a) que le désordre maniaque représente un état clinique appartenant au domaine d’une infériorité psychogène caractérisée par un ensemble stable de symptômes hypomaniaques remontant généralement à la jeunesse ; b) qu’on observe occasionnellement une poussée d’affect ; c) que l’alcoolisme, la criminalité, les dérives morales, l’instabilité sociale ou l’incapacité sont, dans ces cas, des symptômes relevant de l’état hypomaniaque. ( 11 références).

01-010 - Un cas de stupeur hystérique chez une prisonnière

(1902) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 137-156), (§226-300). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 137-156).

Présentation des symptômes d’une délinquante de 48 ans en vue d’étudier la psychopathologie de l’hystérie et de la psychose carcérale. La patiente avait été arrêtée pour vol et incarcérée. Le lendemain matin, on la retrouva, rigide, devant la porte de sa cellule, très agressive à l’encontre de ses gardiens à qui elle réclamait l’argent qu’ils lui auraient volé. Le soir, elle était complètement désorientée, ayant quasiment perdu la mémoire, d’humeur instable, avec idées magalomaniaques, discours chevrotant, totale insensibilité à des piqûres profondes, fort tremblement des mains et de la tête, écriture hachée et convulsive. Elle se croyait dans un hôtel de luxe dont ses geôliers étaient les clients. Elle était excitée, criait parfois ou baragouinait en hurlant. On la transféra en asile pour consultation. Au vu de l’alternance de ses états de conscience et ses pertes de mémoire alliées à d’autres symptômes hystériques, on diagnostiqua un état hystérique crépusculaire de base. On nota en même temps un état stuporal. Dans la solitude de son isolement, le sujet devint très préoccupée par son malheur soudain. Elle s’inquiètait de cette accusation de vol (retirée par la suite) et se souciait pour sa fille, incarcérée en même temps qu’elle et en état de grossesse avancée. Le fait, pour elle, "d’ignorer" les réponses à apporter aux questions posées sur sa vie est une introduction à la genèse des symptômes hystériques que Breuer et Freud ont nommé conversion. Dans le cas présent, le facteur déterminant semble avoir été l’idée de l’oubli. Son non-savoir est un "non-vouloir-savoir" en partie conscient et en partie inconscient. Cette forme de pathologie hystérique - mis à part le complexe carcéral d’hallucinations et de fantasmes - peut être décrit comme une "psychose carcérale", étant donné que, à quelques exceptions près, de pareils cas n’ont été observés que chez des prisonniers. (13 références).

01-011 - A propos d’une folie simulée

(1903) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 159-187), (§301-355). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed., Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 159-187).

Discussion à propos d’une folie simulée détectée, lors des entretiens de diagnostic psychiatrique. Une simulation réussie nécessite de la maîtrise sur soi, et de la constance psychique. Un simple mensonge ne suffit pas, car la tromperie doit être soutenue pendant des semaines, voire des mois, avec une constance et une volonté inébranlables, ce qui requiert une énergie considérable. Les cas où la simulation évolue vers un réel état crépusculaire débutent par une idée à tonalité affective qui se développe en autonomatisme, via la suggestibilité. Un grand nombre de simulateurs sont hystériques ce qui favorise l’auto-suggestion et les troubles de conscience. On doit accueillir avec prudence un aveu de simulation après de tels troubles, car chez les sujets à tendance hystériques, des pertes de mémoire ignorées du sujet ne peuvent être mises à jour que par une sérieuse anamnèse . De nombreux cas sont cités démontrant une simulation cachée chez des patients accusés de crimes. Le cas d’une jeune fille de 17 ans qui se faisait passer pour une sainte, refusant de se nourrir, s’enfonçant des clous dans les pieds, etc. peut à peine être qualifié de simulation car les moyens employés étaient sans relation aucune avec le but recherché (rester auprès d’un parent, un prêtre) mais attestaient d’un trouble mental avéré. Lorsqu’un criminel simule la folie, c’est pour être transféré dans un asile ; mais lorsqu’une fille hystérique se torture pour attirer l’attention, ses moyens et son but relèvent d’une activité mentale morbide. En conclusion, 1) il existe des individus chez lesquels l’effet consécutif à une violente émotion se solde par une confusion persistante que l’on pourrait appeler "stupidité émotionnelle" ; 2) en agissant de façon spécifique sur l’attention, les affects favorisent l’apparence d’automatisme psychiques au sens large du terme ; 3) quelques cas de simulation relèvent probablement de l’effet secondaire d’émotions violentes et de leur automatisation (ou de l’auto-hypnose) et doivent dès lors être considérés comme pathologiques ; 4) Chez les prisonniers, le complexe de Ganser peut sans doute s’expliquer de la même façon et doit être considéré comme un symptôme automatisé lié étroitement à la simulation. (32 références).

01-012- Opinion médicale sur un cas de folie simulée

(1904) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 188-205), (§356-429). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 188-205).

Rapport détaillé et illustration d’une folie simulée à propos d’un prisonnier mentalement déficient avec simulation semi-consciente. Marié deux fois, le sujet a mené une existence vagabonde et a commis un certain nombre de vols. Les écarts de personnalité, considérés comme signes de dégénérescence, comprenaient l’insensibilité, le daltonisme, une attention réduite, une compréhension réduite des choses vues ou entendues, de l’arrièration et un manque de précision ; autant de symptômes ressemblant plutôt à une dégénérescence congénitale qu’à une quelconque pathologie mentale connue. Les principaux symptômes : instabilité du caractère et tendance à l’oubli, jouent un rôle particulièrement important dans l’hystérie. Une précédente tentative de suicide était certainement de caractère hystérique. Le prisonnier ne savait pas très bien ce qu’il recherchait dans la simulation. Il jouait si bien le rôle d’un fou qu’il était difficile d’attribuer à la simulation certains de ses actes. Un facteur pathologique sous-jacent lui permettait de jouer parfaitement son rôle. Son intention de passer pour un aliéné se transforma en une forte auto-suggestion, brouillant son conscient, influençant malgré lui ses actes et s’accompagnant d’affects violents au fur et à mesure de l’évolution. Le mécanisme psychologique de cette simulation laisse supposer qu’en définitif c’était la faiblesse psychique originelle qui engendra l’idée de simulation. En réponse aux questions de l’autorité légale, l’asile décida que l’homme n’était présentement pas malade mental. Son état, probablement de naissance, n’excluait pas la responsabilité pour vols, mais était partiellement responsable de la simulation.

01-013- Deux diagnostics contradictoire ; troisième et dernier avis

(1906) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 209-218), (§430-477). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 209-218).

L’insuffisance d’un avis d’expert sur la capacité mentale d’un accusé est illustrée par le cas d’une femme accusée de fraude pour avoir soutiré de l’argent afin de payer un billet soi-disant gagnant dans une loterie hongroise. L’intéressant, en l’occurence, était que les avis n’étaient fondés que sur des rapports sur l’accusée plutôt que sur des entretiens directs avec elle et aussi, qu’était avancé le principe selon lequel déficience morale et hystérie étaient liées. Un troisième avis fut apporté après un entretien avec l’accusée et l’étude des documents. Dans le premier avis, la plus importante trouvaille fut la présence de l’hystérie. Cet avis estimait que le mensonge et la fraude ne pouvaient être jugés de la même façon chez les personnalités hystériques et les personnalités normales, mais trouvait que l’accusée était partiellement responsable. Le second avis concluait également qu’elle souffrait d’hystérie. Les déviances de l’accusée par rapport à la loi étaient considérées comme des symptômes de cette hystérie : elle fut donc considérée totalement irresponsable et incurable. Ce deuxième avis affirme un manque absolu de sentiments moraux chez l’accusée, mais il est criticable en ce sens qu’une telle absence n’appartient ni à la symptomatologie hystérique ni au caractère hystérique. Le manque de moralité et l’hystérie sont des états différents qui apparaissent indépendamment l’un de l’autre. En réponse aux questions du magistrat instructeur, la troisième opinion se range de l’avis de A en reconnaissant une responsabilité partielle mais elle ne retient que l’entretien de B, et soutient que l’hystérie ne cause pas de déficience morale, tout en pouvant la masquer ou l’exagérer. Aucun des avis ne prouvait que l’accusée avait agi sous l’impulsion de motivations pathologiques, d’un fantasme, ou d’un irrésistible instinct pathologique. Pratiquement, la position de B signifie l’abandon du concept scientifique de déficience morale, ce qui pourrait exclure ces personnalités du concept légal d’aliéné et remplir de criminels les asiles.

01-014- Sur le diagnostic psychologique des faits

(1905) In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 219-221), (§478-484). In Jung, Collected Works of C. G. Jung, Vol.1. 2nd. Ed.,Princeton University Press, 1970.260 p. (p. 219-221).

Dans un effort pour déterminer précisément l’origine du concept de "diagnostic psychologique des faits", de nombreux articles et publications diverses sur ce thème sont cités et discutés. Le concept de complexe à tonalité affective et ses effets sur les associations est souligné (par Jung) dans son ouvrage et celui de Riklin, "Les associations de sujets normaux",. Pour découvrir un complexe de pensées lié à un crime, le diagnostic psychologique peut s’appliquer à l’aide d’une série d’associations de mots. Jung reconnaît à Galton et Wundt la paternité de cette méthode , mais revendique, pour lui-même et ses travaux à la clinique de Zurich, celle du complexe à tonalité affective. En appendice, bref compte-rendu d’un cas où un complexe de vol fut mis à jour par l’application d’un questionnaire d’associations à la suite duquel le sujet craqua et avoua sa faute.